Puno

BAP Yavarí

Le vapeur Yavarí

BAP Yavarí — photographie
Photo : Nils Öberg CC0 · Wikimedia Commons

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Ce navire amarré dans la baie est probablement l'objet le plus improbable de tout ce guide. Le **Yavarí** est un vapeur à coque de fer construit en 1862 à Birmingham, en Angleterre — à onze mille kilomètres d'ici et à trois mille huit cents mètres plus bas.

Le gouvernement péruvien voulait des canonnières sur le Titicaca. Le chantier anglais a donc construit le bateau, l'a entièrement démonté, et l'a expédié en pièces détachées : **deux mille sept cent soixante-six colis**, chacun d'un poids limité à ce qu'une mule peut porter. Les caisses ont contourné le cap Horn, ont été débarquées à Arica, sur la côte, puis ont entamé la montée vers l'altiplano à dos de mulet et de lama, par des sentiers de montagne.

Ce trajet devait prendre quelques mois. Il en a pris **six ans**. Guerres civiles, contrats rompus, pièces perdues, tronçon de chemin de fer inachevé : le convoi s'est enlisé étape après étape. Le navire n'a été assemblé et mis à l'eau qu'en 1870.

Et voici le détail qui achève l'histoire. Il n'y a ni charbon ni forêt sur l'altiplano. La chaudière a donc été alimentée pendant des décennies avec le seul combustible disponible en quantité : de la **bouse de lama séchée**. Un vapeur victorien, conçu dans la ville de la révolution industrielle, chauffé à la fiente de camélidé sur un lac andin.

Le Yavarí a servi de canonnière, de cargo, de transport de passagers, puis a été laissé à l'abandon. Il a été racheté dans les années 1980 par une association de sauvegarde, restauré patiemment, et son moteur suédois de 1914 — qui a remplacé la machine d'origine — fonctionne toujours. C'est aujourd'hui un bateau-musée, et l'on peut même y dormir.

La visite est courte et vaut surtout pour la salle des machines : on descend voir un moteur à tête chaude de quatre cylindres, démarré à la lampe à souder, dans une odeur de gasoil et de métal chaud qui n'a pas changé depuis un siècle.

Il est amarré à quelques kilomètres du centre, du côté de l'île Esteves, accessible en taxi. Vérifiez les horaires : le bateau est tenu par des bénévoles et n'ouvre pas tous les jours.

Une observation en montant à bord : regardez les rivets de la coque. Chacun a été posé à la main, ici, par des ouvriers qui remontaient des caisses arrivées à dos de mule.