Puno

Isla Taquile

L'île de Taquile

Isla Taquile — photographie
Photo : Unukorno CC BY 3.0 · Wikimedia Commons

Chargement de l'audio…

Taquile est une île de six kilomètres de long, habitée par environ deux mille personnes, où l'on ne trouve ni voiture, ni route, ni chien. Et où **ce sont les hommes qui tricotent**.

Commençons par là, parce que c'est le cœur du lieu. L'art textile de Taquile est inscrit depuis 2005 au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. La répartition des rôles y est stricte et inversée par rapport à ce qu'on attend : les **femmes filent la laine et tissent** au métier à ceinture ; les **hommes tricotent**, et ils commencent vers huit ans. Un homme adulte tricote en marchant, en discutant, en attendant le bateau. C'est un savoir-faire, et c'est aussi une preuve : la finesse du tricot d'un jeune homme entre dans l'appréciation qu'on porte sur lui.

Les vêtements se lisent comme des documents d'état civil. Le **chullo**, ce bonnet à oreillettes, indique la situation matrimoniale : à dominante blanche pour un célibataire, entièrement rouge pour un homme marié — c'est la lecture courante, et les habitants vous la préciseront mieux que n'importe quel guide. La **ceinture**, le chumpi, porte des motifs qui racontent le cycle agricole, les fêtes, la météo de l'année. Les femmes portent une jupe à plis superposés et un châle sombre.

L'île fonctionne selon un ordre communautaire très ancien, résumé par une formule quechua que vous verrez peinte à l'entrée : **ama sua, ama llulla, ama qhella** — ne vole pas, ne mens pas, ne sois pas paresseux. Les terres sont travaillées collectivement en partie, le tourisme est organisé par rotation entre les familles, et la boutique d'artisanat de la place est une coopérative.

Un avertissement physique. Le débarcadère principal est en bas, la place est en haut, et entre les deux il y a **plus de cinq cents marches** à quatre mille mètres d'altitude. Comptez quarante-cinq minutes à une heure en montant lentement. Certains bateaux débarquent d'un côté et reprennent de l'autre, ce qui évite de refaire la montée en sens inverse : demandez avant.

Ce qui vaut le déplacement autant que les textiles, c'est la marche sur les crêtes : terrasses agricoles, murets de pierre, et le lac de tous les côtés, d'un bleu qui ne ressemble à rien d'autre. Par temps clair, on voit la cordillère royale de Bolivie.

Prenez de l'eau, un chapeau et de quoi vous couvrir. Il n'y a pas de commerce en chemin.