Inca Uyu
L'Inca Uyu

Chargement de l'audio…
Voici le point le plus embarrassant de ce guide, et il faut le traiter franchement : un enclos de pierre, au centre de Chucuito, rempli de dizaines de **sculptures en forme de phallus**, dressées vers le ciel ou couchées au sol.
Le récit que l'on vous fera sur place est constant. Ce serait un temple de la fertilité inca, où les femmes venaient s'asseoir sur les pierres pour obtenir un enfant ; les guides le racontent, les panneaux le confirment, et l'entrée est payante.
**Ce récit ne repose sur aucune source solide**, et il faut le savoir avant d'entrer.
Ce que l'on peut dire avec un peu d'assurance : l'enclos lui-même est ancien, et sa maçonnerie appartient bien à la tradition régionale. Les pierres sculptées, elles, posent problème. Aucune chronique coloniale ne mentionne un tel sanctuaire à Chucuito — ce qui est remarquable, car les extirpateurs d'idolâtries du dix-septième siècle notaient avec zèle tout culte qu'ils jugeaient obscène, et n'auraient pas laissé passer un enclos de cette nature en plein centre d'une capitale de province.
Plusieurs archéologues considèrent que la **disposition actuelle est récente** : des pierres rassemblées et redressées au vingtième siècle, dans un aménagement destiné à la visite. L'hypothèse d'éléments architecturaux d'un autre usage — bornes, supports, pierres de toiture — réemployés et réinterprétés a également été avancée. Le débat n'est pas tranché, mais il penche nettement du côté d'un site dont l'interprétation touristique dépasse largement ce que l'archéologie établit.
Faut-il y aller ? Oui, si l'on garde cette distance. C'est un cas d'école, et il est instructif : on voit à quelle vitesse un récit se fabrique, se répète et devient une entrée payante. Le Pérou n'en a pas le monopole, et vous croiserez ailleurs des explications aussi assurées et aussi peu fondées.
Et c'est aussi l'occasion de rappeler quelque chose de vrai : la fertilité, elle, est bien un thème central des religions andines. On fait des offrandes à la Pachamama avant les semailles, on enterre des objets sous les maisons, on demande la pluie chaque janvier sur les sommets d'Amantaní. Ce fond-là est solidement documenté. Il n'a simplement pas besoin de cet enclos-ci pour exister.
L'entrée est payante, la visite dure dix minutes, et l'enclos est à cent mètres de l'église Santo Domingo.