Machu Picchu

Templo de las Tres Ventanas

Temple des Trois Fenêtres

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Devant vous se dresse un mur unique, percé de trois grandes ouvertures trapézoïdales : le Templo de las Tres Ventanas. C'est l'une des images les plus reconnaissables du Machu Picchu, et l'un des sommets de l'art de la pierre inca.

Regardez d'abord la maçonnerie. Les blocs sont énormes, polygonaux, et ajustés sans mortier avec des joints obliques que l'on ne retrouve nulle part ailleurs sur le site. Chaque pierre a été taillée pour épouser exactement la forme de ses voisines, y compris dans les angles rentrants. Approchez-vous et suivez du regard une ligne de joint : elle ne file jamais droit, elle serpente d'un bloc à l'autre. C'est ce qui donne à ce mur sa solidité — et ce qui a demandé un travail d'ajustement considérable, pierre par pierre.

Pourquoi trois fenêtres, et pourquoi si grandes ? Elles n'éclairent rien d'utile et n'ouvrent sur aucune pièce fermée. L'interprétation la plus répandue les relie au mythe fondateur des Incas. Selon la légende, les premiers ancêtres — les frères Ayar — seraient sortis d'un lieu appelé Tampu Tocco, « la maison des ouvertures », une montagne percée de trois fenêtres. Bâtir ici un mur à trois ouvertures reviendrait à donner une forme construite à cette origine.

Cette lecture a coûté cher à Hiram Bingham. Elle l'a convaincu qu'il avait trouvé Tampu Tocco lui-même, le berceau de la dynastie inca — une hypothèse aujourd'hui abandonnée, comme sa théorie faisant du Machu Picchu la cité perdue de Vilcabamba. Il s'est trompé deux fois sur le même site. Ses fouilles au pied de ces fenêtres ont en revanche livré quantité de céramiques et d'objets liturgiques, qui confirment bien un usage rituel.

Cherchez enfin, sur la pierre encadrant la fenêtre centrale, une inscription gravée. On y distingue encore des noms et une date : 14 juillet 1902. Elle a été laissée par des Péruviens de la région, dont le fermier Agustín Lizárraga, neuf ans avant l'arrivée de Bingham. C'est la preuve matérielle, taillée dans le monument lui-même, que le Machu Picchu n'avait jamais été « perdu » pour ceux qui vivaient là — seulement ignoré du reste du monde. Bingham a d'ailleurs vu cette inscription, et l'a mentionnée dans ses notes.