Templo del Sol
Temple du Soleil (Torreón)
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Le Templo del Sol, que les archéologues appellent aussi le Torreón, est la seule construction du Machu Picchu dont le mur, au lieu de suivre une ligne droite, décrit un arc de cercle. Partout ailleurs sur le site, les Incas ont bâti droit : murs rectilignes, angles francs, ouvertures trapézoïdales. Ici, et ici seulement, la pierre épouse une courbe. Vous ne pouvez pas entrer dans l'édifice : il se contemple depuis le belvédère qui le domine, et c'est de là que sa forme se lit le mieux.
Le nom de Torreón, « grosse tour » en espagnol, vient de Hiram Bingham. Persuadé d'avoir retrouvé Vilcabamba, le dernier refuge des Incas en guerre contre les Espagnols, il a lu ce bâtiment courbe comme un ouvrage défensif, une tour de guet. Il se trompait sur les deux points : ce n'était ni Vilcabamba, ni une fortification. Le nom, lui, est resté.
La tour repose sur un énorme affleurement de granit que les Incas n'ont pas aplani. Ils l'ont taillé jusqu'à ce qu'il devienne la première assise du mur. Prenez un instant pour chercher, depuis le belvédère, où s'arrête le rocher naturel et où commence la maçonnerie : la transition est presque impossible à situer, et c'est exactement l'effet recherché. Au-dessus, la maçonnerie relève du style dit impérial — blocs de granit polis, ajustés sans mortier, aux joints si serrés qu'on n'y glisserait pas une lame de couteau. Chaque pierre a été façonnée pour une place unique, par percussion et abrasion, sans aucun outil de fer : les Incas n'en disposaient pas.
Deux fenêtres trapézoïdales percent la tour. Celle qui regarde le nord-est vise le point où le soleil se lève au solstice de juin, le solstice d'hiver dans l'hémisphère sud. Ce matin-là, un trait de lumière traverse l'ouverture et vient frapper le bloc taillé posé au centre de la salle. La seconde est associée au solstice de décembre.
Faut-il pour autant parler d'observatoire ? Les archéoastronomes invitent à la prudence : l'orientation est bien réelle, et trop précise pour être fortuite, mais rien ne prouve que le Torreón ait servi à mesurer le temps avec exactitude. L'hypothèse la plus solide reste celle d'un lieu rituel, où la lumière attendue matérialisait le lien entre l'Inca et Inti, le dieu Soleil dont sa dynastie se disait issue.
Sous la tour s'ouvre une cavité aménagée, que Bingham a nommée la Tumba Real : le culte solaire au-dessus, le monde des morts en dessous.