Machu Picchu

2. Plataforma Superior

Terrasse supérieure

Chargement de l'audio…

Vous êtes maintenant sur la partie haute des terrasses, et le changement de fonction est net. En contrebas, les gradins retenaient surtout le versant ; ici, on cultivait pour de bon. Une quarantaine de plateformes s'étagent sur ce flanc, plus larges, mieux exposées, orientées pour capter le soleil le plus longtemps possible dans la journée.

Le maïs y occupait une place à part. Chez les Incas, ce n'était pas seulement une denrée : c'était la plante du pouvoir et du rite, celle dont on tirait la chicha, la bière de maïs consommée lors des cérémonies et offerte aux divinités. En faire pousser à cette altitude, sur des terrasses aménagées à grands frais, relevait autant de la démonstration que de l'alimentation. À ses côtés poussaient des tubercules — la pomme de terre, dont les Andes centrales sont le berceau, et dont les paysans andins cultivaient des centaines de variétés adaptées à des altitudes différentes.

Ces terrasses ont d'ailleurs une propriété que l'on découvre en marchant : chacune constitue son propre microclimat. Quelques mètres de dénivelé, une exposition légèrement différente, et la température moyenne change. Les Incas ont exploité cela méthodiquement, en attribuant à chaque niveau les espèces qui lui convenaient le mieux. Un versant de montagne devient ainsi une succession d'étages agricoles, du plus chaud au plus froid.

Prenez un instant pour examiner un muret de près. Les blocs sont posés sans mortier, simplement ajustés, et pourtant l'ensemble n'a pas bougé en cinq siècles, sous des pluies qui dépassent souvent deux mètres par an. Cherchez, dans la face de certains murs, des pierres qui dépassent nettement et forment des marches saillantes : ce sont des escaliers volants, taillés dans le mur lui-même pour passer d'une terrasse à l'autre sans gaspiller un centimètre de surface cultivable. C'est un des détails les plus astucieux du site, et la plupart des visiteurs passent devant sans le remarquer.

Retournez-vous enfin pour embrasser l'ensemble du dispositif. Ce paysage en escalier n'est pas un décor : c'est une machine à retenir la terre et l'eau, et c'est elle qui a permis à tout le reste d'exister.