Machu Picchu

1. Plataforma Inferior

Terrasse inférieure

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Vous voici sur la Plataforma Inferior, dans la partie basse du grand ensemble agricole du Machu Picchu. Plus d'une centaine de terrasses en gradins ont été sculptées à flanc de montagne, réparties en deux groupes : une quarantaine en amont, vouées aux cultures, et environ quatre-vingts ici, en contrebas, dont le rôle est tout autre — retenir le versant.

C'est la première chose à comprendre en arrivant : ces terrasses ne sont pas d'abord des champs, ce sont des murs de soutènement. Le Machu Picchu est bâti sur une crête raide, dans une région où il tombe près de deux mètres de pluie par an. Sans ces gradins, l'eau emporterait le sol et, avec lui, la cité. Cinq siècles plus tard, ils remplissent toujours cette fonction.

Le secret n'est pas dans les murs, il est dans ce qu'ils contiennent. Chaque terrasse est un empilement calculé : au fond, un lit de gros cailloux ; au-dessus, du gravier ; puis du sable grossier ; et seulement en surface, une couche de terre arable, souvent hissée depuis la vallée parce que le sol rocheux d'ici ne valait rien. L'eau traverse ces strates au lieu de saturer la terre et de la faire glisser. C'est un drainage à plusieurs niveaux, conçu pour un climat tropical de montagne.

Regardez maintenant un muret de près. Les pierres sont assemblées à sec, sans mortier, et légèrement inclinées vers l'intérieur. Ce fruit — cette pente donnée à la face du mur — n'a rien de décoratif : il renvoie la poussée des terres vers le talus. Rien ici n'est laissé au hasard, y compris dans les ouvrages les plus ordinaires du site.

Un dernier point, qui remet en cause une idée reçue. On imagine volontiers ces terrasses nourrissant toute la population du site. Les calculs des archéologues disent l'inverse : la surface cultivable est très insuffisante pour les quelque sept cent cinquante personnes qui ont pu y résider. Une part des vivres montait depuis la vallée de l'Urubamba, en contrebas, portée à dos d'homme et de lama. Ces terrasses avaient donc probablement autant une valeur symbolique et expérimentale — cultiver en altitude, marquer la maîtrise du territoire — qu'un rôle de garde-manger.