Fuentes de Agua
Fontaines rituelles
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Vous longez ici ce que les ingénieurs considèrent comme la véritable prouesse du Machu Picchu — davantage encore que ses temples. Seize fontaines se succèdent en enfilade, de haut en bas, le long d'un escalier taillé dans la pente. C'est le système d'alimentation en eau de toute la cité.
Tout commence bien plus haut et bien plus loin, à une source située sur le flanc nord de la montagne Machu Picchu. Les Incas l'ont captée, puis ont creusé un canal de sept cent quarante-neuf mètres pour amener l'eau jusqu'ici. Le chiffre qui impressionne les spécialistes n'est pas la longueur, mais la pente : trois pour cent, tenus sur tout le parcours. Trop raide, l'eau érode le canal et déborde ; trop plate, elle stagne et le canal s'envase. Cette valeur a été maintenue le long d'un versant de montagne, sans niveau optique ni instrument de mesure moderne.
L'ingénieur américain Kenneth Wright et l'archéologue péruvien Alfredo Valencia Zegarra ont été les premiers à documenter méthodiquement ce réseau, dans une étude publiée en 2000. Leurs mesures montrent que les fontaines ont été calibrées pour un débit d'environ vingt-cinq litres par minute, tout en continuant de fonctionner correctement entre dix et cent litres — autrement dit, elles absorbent aussi bien l'étiage de la saison sèche que les torrents de la saison des pluies. Le système n'a jamais cessé de couler.
Approchez-vous d'un bassin et regardez le bec par lequel l'eau arrive. Il n'est pas simplement percé : la pierre a été taillée pour resserrer le courant et former un jet net et détaché. Ce n'est pas un ornement. Les Incas puisaient avec l'aryballe, une jarre à col étroit et à fond pointu ; il fallait un filet d'eau précis pour la remplir sans la poser. La forme de la pierre, ici, est dictée par la forme du récipient.
Le détail le plus parlant est ailleurs, et il ne se voit que si on y pense. Cherchez où commence la chaîne : la toute première fontaine, la mieux alimentée et la plus pure, dessert la résidence de l'Inca. Les quinze suivantes recueillent l'eau en descendant, jusqu'aux quartiers les plus modestes. La hiérarchie sociale du Machu Picchu n'est pas seulement inscrite dans la qualité des murs — elle est inscrite dans la plomberie.