3. Foso Seco
Fossé sec
Chargement de l'audio…
Vous franchissez ici le Foso Seco, et vous changez de monde. Cette longue tranchée traverse tout le site de haut en bas et le partage en deux : derrière vous, le secteur agricole que vous venez de parcourir ; devant vous, le secteur urbain, avec ses temples, ses résidences et ses places. C'est la seule frontière interne du Machu Picchu, et elle est parfaitement lisible depuis les hauteurs.
Le nom est descriptif : le fossé est sec, aucun cours d'eau n'y coule. Sa première fonction est hydraulique. Sur un versant aussi arrosé, il fallait canaliser le ruissellement avant qu'il n'atteigne les habitations et n'attaque leurs fondations. Le fossé collecte l'eau qui dévale des terrasses et l'évacue vers le bas de la pente, à l'écart des bâtiments. C'est un ouvrage d'assainissement autant qu'une limite.
On lui prête aussi un rôle défensif, ou du moins dissuasif — une tranchée qu'il faut descendre puis remonter ralentit quiconque approche. Il faut cependant rester mesuré sur ce point. Rien au Machu Picchu ne ressemble à une véritable fortification : pas de tours, pas de meurtrières, pas de rempart continu. L'hypothèse la plus courante est celle d'un contrôle des accès plutôt que d'une défense militaire. On marque une limite et on oblige à passer par où l'on veut : c'est un peu plus loin que se trouve la Puerta de la Ciudad, seul point d'entrée aménagé du secteur urbain.
Ce qui rend ce fossé intéressant, c'est justement qu'il cumule les registres. Un même ouvrage règle un problème d'eau, organise la circulation, et sépare deux ordres de réalité. Car la division qu'il trace n'est pas seulement pratique : d'un côté la terre nourricière, le travail, les cultures ; de l'autre le pouvoir, les temples, les morts. Dans une pensée andine où l'espace se lit par couples complémentaires — le haut et le bas, le proche et le lointain — cette partition a du sens bien au-delà du drainage.
Marquez donc un temps avant de continuer. Vous quittez le domaine de ceux qui produisaient pour entrer dans celui de ceux qui décidaient.