11. Conjunto Espejos de Agua
Miroirs d'eau
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Voici deux bassins circulaires taillés à même la roche, au ras du sol, dans une petite cour. On les appelle aujourd'hui les Espejos de Agua — et le nom est déjà une interprétation.
L'hypothèse qui a donné ce nom est séduisante : remplis d'eau, ces bassins auraient servi à observer le ciel par réflexion. Regarder les étoiles dans l'eau plutôt que la tête renversée présente de vrais avantages pratiques — on peut tenir la position des heures durant, comparer des positions d'un soir à l'autre, et travailler à plusieurs autour du même bassin. Cela ferait de cet endroit le pendant nocturne des observations solaires menées au Templo del Sol, tout proche.
Mais une seconde lecture existe, et elle est prise au sérieux. Ces cuvettes ressemblent aussi beaucoup à des mortiers. On les trouve d'ailleurs souvent désignées sous le nom de morteros, et l'on y voit alors des récipients à broyer — grain, minerai, pigments — dans un quartier de la cité par ailleurs plutôt tourné vers les activités de production. Certains chercheurs objectent que leur faible profondeur convient mal au pilage, d'autres qu'un mortier de cette taille aurait été bien encombrant.
Rien ne tranche à ce jour, et c'est ce qui rend l'endroit intéressant. Vous avez sous les yeux le même objet lu de deux façons radicalement différentes : un instrument d'astronomie, ou un ustensile d'atelier. Approchez-vous et regardez le fond et les bords : la surface est-elle usée par frottement, comme le serait un mortier, ou simplement taillée ? Les archéologues se posent exactement cette question depuis des décennies.
Une chose est certaine en revanche : l'eau pouvait arriver jusqu'ici. Tout le Machu Picchu est parcouru d'un réseau de canaux de pierre alimenté par gravité depuis une source située en amont, sans la moindre pompe. Le canal principal court sur près de sept cent cinquante mètres avec une pente maintenue autour de trois pour cent. Que ces bassins aient servi à refléter les étoiles ou à broyer du grain, ils appartiennent à un site où l'eau allait exactement là où on avait décidé qu'elle irait.
Méfiez-vous donc des noms trop jolis : ici, « Espejos de Agua » raconte une hypothèse, pas un fait.