9. Doce Vanos
Bâtiment aux douze portes
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Ce long bâtiment doit son nom à ce que vous avez sous les yeux : douze ouvertures alignées sur une même façade. On les appelle indifféremment portes ou fenêtres, car il est difficile de trancher — plusieurs donnent au niveau du sol, d'autres sont surélevées.
Commencez par les compter. C'est l'un des rares endroits du Machu Picchu où le nom du lieu se vérifie d'un simple regard, et le résultat surprend souvent : cette régularité n'a pas d'équivalent ailleurs sur le site. Partout ailleurs, les ouvertures sont disposées selon les besoins, à des intervalles variables. Ici, elles se répètent à cadence égale, de la même dimension, avec la même inclinaison trapézoïdale.
Cette répétition dit quelque chose. Un bâtiment conçu d'un seul tenant, selon un module fixe, appliqué douze fois de suite, correspond à une commande centralisée plutôt qu'à une construction qui s'agrandit au fil des besoins. On retrouve ce type de plan répétitif dans les édifices administratifs incas ailleurs dans l'empire, notamment les kallankas, ces grandes halles polyvalentes servant tour à tour d'entrepôt, d'atelier, d'abri pour des travailleurs de passage ou de salle de réunion.
Sa fonction exacte reste toutefois indéterminée. Les hypothèses tournent autour d'un usage collectif — stockage, redistribution de biens, logement de personnel — et s'appuient surtout sur sa position, dans un quartier bas nettement plus utilitaire que cérémoniel. Aucune fouille n'a livré d'élément décisif. Le nom lui-même est purement descriptif : il compte des ouvertures, il ne nomme pas une fonction.
Regardez enfin la qualité de la construction, et comparez-la mentalement à ce que vous avez vu dans le secteur sacré. Les blocs sont plus petits, moins régulièrement appareillés, les joints moins serrés. Ce n'est pas de la négligence : c'est un choix d'échelle. Les Incas graduaient le soin apporté à la taille de la pierre selon l'importance de ce que le mur abritait, et ils ne gaspillaient pas des mois de travail sur un entrepôt.
C'est peut-être là l'intérêt principal de cet endroit. Le Machu Picchu qu'on retient est celui des temples ; celui-ci rappelle qu'un domaine royal, c'était aussi des réserves, des ateliers et des gens qui travaillaient — et qu'ils occupaient une bonne partie de l'espace.