5. Caos Granítico
Chaos granitique
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Ce désordre de blocs bruts n'a rien d'un accident géologique : vous êtes dans la carrière du Machu Picchu. C'est ici que les bâtisseurs prenaient une partie de la pierre du site.
Le fait mérite qu'on s'y arrête. Le Machu Picchu n'a pas été construit avec des matériaux apportés d'ailleurs : il a été taillé dans la montagne sur laquelle il est posé. Le granit des temples, celui des terrasses, celui des escaliers — l'essentiel vient de cet affleurement et des zones voisines. Il n'y avait ni roue, ni animal de trait capable de tirer une charge, ni route. Réduire au minimum la distance entre la carrière et le chantier n'était pas une commodité, c'était une condition de faisabilité.
Regardez autour de vous et cherchez les blocs inachevés. Certains portent des fissures amorcées mais jamais menées à terme ; d'autres sont à moitié détachés de la masse, prêts à partir, et n'ont jamais été emportés. C'est un chantier arrêté en cours de route, figé tel quel depuis cinq siècles. Vous voyez la matière première au moment précis où elle allait devenir architecture.
Comment fendaient-ils la roche ? La méthode la plus souvent décrite consiste à insérer des coins de bois dans les fissures naturelles du granit, puis à les mouiller : en gonflant, le bois écarte la pierre. C'est une explication répandue, mais tous les spécialistes ne la retiennent pas. Ce qui est solidement établi, en revanche, ce sont les percuteurs : des galets de rivière très durs, retrouvés en quantité sur les carrières incas, avec lesquels on frappait la roche pour la dégrossir puis l'user. Pas d'outils de fer — les Incas n'en avaient pas — mais de la pierre contre de la pierre, et énormément de temps.
Un dernier chiffre pour prendre la mesure de l'ouvrage. Les ingénieurs qui ont étudié la construction du site estiment qu'une part considérable de l'effort — souvent évaluée autour de la moitié, voire davantage — n'est pas visible : elle est enfouie. Sous chaque terrasse et chaque place, il a fallu bâtir des fondations, des lits de pierraille et des systèmes de drainage capables d'évacuer les pluies tropicales. Ce que vous admirerez plus loin, ce sont les murs. Ce qui a permis qu'ils tiennent est sous vos pieds.