Lima

Plaza Mayor de Lima

Place Mayor

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Cette place est le point zéro de Lima, et l'un des rares endroits d'Amérique où l'on peut dire précisément qui a tracé quoi, et quel jour.

Le 18 janvier 1535, Francisco Pizarro fonde ici la Cité des Rois. Il applique un modèle réglementaire venu d'Espagne, le **damier** : une place rectangulaire, et autour, des rues perpendiculaires découpant des îlots égaux. Les lots sont ensuite distribués aux compagnons de la conquête. Ce plan en damier structure encore tout le centre historique — c'est pourquoi vous ne verrez pas ici les ruelles tortueuses d'une ville médiévale.

Autour de la place, les quatre pouvoirs se font face, exactement comme le prévoyait le modèle. Le **pouvoir religieux** avec la cathédrale et le palais de l'archevêque. Le **pouvoir politique** avec le palais du gouvernement, sur le terrain que Pizarro s'était réservé. Le **pouvoir municipal** avec l'hôtel de ville. Et le pouvoir économique, avec les arcades commerçantes et, à l'angle, le club où se retrouvait l'aristocratie liménienne.

Le seul élément d'origine encore en place est la **fontaine de bronze** au centre, installée en 1651. Tout le reste a brûlé, s'est effondré lors des séismes, ou a été reconstruit — les façades jaune vif que vous voyez datent pour l'essentiel du vingtième siècle. Cette couleur uniforme est un choix de restauration récent, et il est discuté : plusieurs de ces bâtiments étaient auparavant de teintes différentes.

Cette place n'a pas toujours été le lieu paisible qu'elle est aujourd'hui. Elle a été un marché, une arène pour les corridas, et surtout un lieu d'exécution publique. Les **autodafés** de l'Inquisition s'y déroulaient : les condamnés étaient jugés à deux cents mètres d'ici, dans le bâtiment que ce guide vous fera voir plus loin, puis conduits sur cette esplanade devant la ville rassemblée.

Une observation avant de repartir : regardez les **balcons de bois** fermés qui saillent des façades tout autour. Ils sont l'emblème architectural de Lima. Leur origine est arabo-andalouse : ils permettaient de voir la rue sans être vu, et de faire circuler l'air. La ville en comptait plus d'un millier ; il en reste quelques centaines, et leur restauration est l'un des grands chantiers du centre historique.

La relève de la garde a lieu tous les jours vers midi devant le palais du gouvernement. C'est un spectacle très militaire, très long, et très photographié.