Palacio Arzobispal de Lima
Palais archiépiscopal
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Accolé à la cathédrale, le palais de l'archevêque porte les **balcons les plus célèbres du Pérou**. Si vous ne deviez regarder qu'une façade à Lima, ce serait celle-ci.
Ces deux grands balcons de bois sombre, sculptés en dentelle, courent sur toute la largeur du premier étage. Ils sont entièrement fermés par des claires-voies : depuis l'intérieur, on voit la place ; depuis la place, on ne voit rien de l'intérieur. C'est le principe même du balcon liménien, et son origine est explicitement **arabo-andalouse**, transmise par l'Espagne du Sud, elle-même héritière de huit siècles de présence musulmane. Le vocabulaire l'a suivi : ces bois ajourés sont des moucharabiehs, et le mot est arabe.
Un point qui surprend : ces balcons ne sont pas anciens. Le palais actuel a été construit dans les années 1920, dans un style dit **néocolonial**, à un moment où le Pérou redécouvrait son passé vice-royal et voulait lui donner une expression monumentale. Les sculpteurs se sont inspirés des balcons authentiques de la ville, en plus grand et en plus riche. C'est donc une copie savante — et c'est aujourd'hui la référence à laquelle on compare les originaux.
Cette histoire dit quelque chose de Lima. La ville a longtemps eu honte de son centre, l'a laissé se dégrader pendant des décennies, puis a entrepris de le restaurer et de le compléter. Le résultat est un centre historique où l'ancien et l'imitation d'ancien se côtoient constamment, sans que ce soit toujours signalé.
L'intérieur se visite : c'est le musée d'art religieux de l'archevêché. On y voit des appartements meublés, une chapelle, des collections de peinture coloniale — dont des toiles de l'école de Cusco, que vous reconnaîtrez à leurs fonds d'or si vous êtes déjà passé par là — et surtout, la possibilité de se tenir **à l'intérieur d'un de ces balcons**. C'est la seule façon de comprendre à quoi ils servaient : on s'y assoit, on observe la place à travers le bois, et personne ne sait qu'on est là.
Une observation à faire depuis le trottoir d'en face : comparez ces balcons avec ceux du palais du gouvernement, à cinquante mètres. Les uns sont fermés, les autres ouverts. Le balcon fermé est celui d'une maison privée ou religieuse ; le balcon ouvert est celui d'où l'on s'adresse à la foule. La différence n'est pas décorative, elle est politique.