Museo del Congreso y de la Inquisición
Musée de l'Inquisition
Chargement de l'audio…
Ce bâtiment à colonnes blanches a abrité pendant deux cent cinquante ans le **tribunal du Saint-Office** — l'Inquisition espagnole en Amérique du Sud. Il est aujourd'hui un musée, et l'entrée est gratuite.
Le tribunal est installé à Lima en 1570 et supprimé définitivement en 1820. Sa juridiction couvrait un territoire immense : toute l'Amérique du Sud espagnole, du Panama à la Terre de Feu.
Un point essentiel, et systématiquement mal compris : **l'Inquisition n'avait pas autorité sur les populations indigènes**. Considérées comme nouvellement converties, elles relevaient d'une autre procédure, menée par les évêques, appelée l'extirpation des idolâtries — qui a causé, à sa manière, des destructions considérables. Le tribunal du Saint-Office, lui, jugeait les Espagnols et les créoles : judaïsants, protestants, blasphémateurs, bigames, sorcières présumées, lecteurs de livres interdits.
Les chiffres méritent d'être donnés parce qu'ils corrigent l'imagerie. Sur deux siècles et demi, le tribunal a instruit de l'ordre de **mille cinq cents procès**, et une trentaine de personnes ont été exécutées. C'est peu comparé à la légende, et énorme comparé à ce qu'une société admettrait aujourd'hui. La peine ordinaire n'était pas la mort mais l'humiliation publique, la confiscation des biens, la prison, les galères — et la ruine sociale définitive.
Le musée fait visiter la salle du tribunal, dont le **plafond de bois sculpté** du dix-septième siècle est une pièce remarquable en soi, puis les cachots du sous-sol. Ceux-ci sont mis en scène avec des mannequins de cire représentant les tortures : le chevalet, la corde, la poulie. C'est explicite, un peu foire aux horreurs, et déconseillé aux jeunes enfants.
Ce qui frappe le plus n'est pourtant pas le sous-sol. C'est le fonctionnement du système : les dénonciations anonymes, l'accusé qui ignorait qui l'accusait et souvent de quoi, la procédure secrète, et l'aveu comme objectif — puisque la peine visait le salut de l'âme, pas la vérité des faits.
La visite se fait avec un guide et dure une quarantaine de minutes. Le bâtiment a ensuite abrité le Sénat péruvien pendant plus d'un siècle, ce que les guides ne manquent jamais de faire remarquer en souriant.
En sortant, regardez la place en face : les condamnés en traversaient une semblable, en habit d'infamie, jusqu'à la Plaza Mayor où la sentence était lue devant la ville entière.