Complejo Arqueológico Mateo Salado
Complexe archéologique de Mateo Salado
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Cinq pyramides de terre au milieu d'un carrefour urbain, entre une avenue à quatre voies et des immeubles d'habitation : voilà ce qu'est le complexe archéologique de Mateo Salado. Il occupe seize hectares et la plupart des Liméniens passent devant sans savoir ce que c'est.
Le site a été bâti par la culture **Ychsma**, qui occupait la vallée du Rímac entre le onzième et le quinzième siècle, avant d'être intégrée à l'empire inca. Les pyramides sont des constructions en adobe et en terre damée, avec des rampes d'accès, des cours et des plateformes superposées. Elles servaient de centre administratif et cérémoniel — pas de tombeaux, contrairement à ce qu'on suppose souvent devant une pyramide.
Le nom du lieu vient d'un personnage extraordinaire, et il n'a rien de préhispanique. **Mateo Salado** était un ermite d'origine française, arrivé au Pérou au seizième siècle, qui s'était installé dans les ruines de ces pyramides — alors en pleine campagne — pour y mener une vie de solitude et de prédication. Il critiquait ouvertement l'Église, et le tribunal de l'Inquisition, installé à Lima depuis peu, l'a jugé pour hérésie. Il a été **brûlé en 1573**, lors de l'un des tout premiers autodafés de la ville, sur la place que ce guide vous a fait traverser.
Les pyramides ont donc gardé, depuis quatre siècles et demi, le nom d'un hérétique français exécuté par l'Inquisition. C'est l'un des raccourcis historiques les plus improbables de Lima.
Le site a été dégagé, étudié et ouvert au public à partir de 2007. Auparavant, il servait de dépotoir et de terrain vague. Sa mise en valeur fait partie d'un mouvement plus large : Lima compte plusieurs centaines de huacas, dont beaucoup ont été rasées au vingtième siècle pour construire, et l'on s'emploie depuis peu à sauver celles qui restent.
La visite se fait avec un guide, dure une heure environ, et coûte très peu. Elle est peu fréquentée : vous serez souvent seul.
Le meilleur moment est la fin d'après-midi, quand la lumière rase révèle le relief des plateformes. Et l'observation à faire, depuis le sommet de la pyramide principale, est celle du contraste : d'un côté sept siècles de terre crue, de l'autre les tours de logements, et entre les deux le bruit continu de l'avenue. C'est le vrai visage de l'archéologie à Lima.