Jirón de la Unión
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Cette rue piétonne relie la Plaza Mayor à la Plaza San Martín, sur environ un kilomètre. Vous allez la parcourir de toute façon : autant savoir ce qu'elle a été.
Pendant la période coloniale, ce n'était pas une rue mais une succession de tronçons portant chacun un nom différent — la rue des Marchands, la rue des Épées, la rue de la Merced. Chaque bloc avait sa spécialité et son nom propre, souvent tiré d'un commerce ou d'un événement. La numérotation continue et le nom unique de Jirón de la Unión sont une invention du dix-neuvième siècle, quand la République a voulu rationaliser le plan de la ville. Les Liméniens âgés emploient encore parfois les anciens noms.
Au début du vingtième siècle, cette rue était **le lieu où l'on se montrait**. La bourgeoisie liménienne y descendait en fin d'après-midi, endimanchée, pour marcher lentement d'une place à l'autre, entrer dans les cafés, regarder les vitrines des maisons françaises et italiennes. On appelait cela le *jirón*, tout court, et cette promenade était un rituel social codifié : on y voyait qui accompagnait qui, qui saluait qui.
Il reste de cette époque quelques façades remarquables. Cherchez notamment, sur la partie centrale, les vestiges d'immeubles **art nouveau** et art déco, avec ferronneries, mosaïques et grandes verrières — dont un ancien studio de photographie qui a portraituré toute la société liménienne pendant des décennies. Ces bâtiments sont pris en sandwich entre des enseignes modernes ; levez les yeux au-dessus du niveau des vitrines, c'est là que tout se passe.
Aujourd'hui la rue est populaire, commerçante, bruyante, saturée de magasins de chaussures, de fast-foods et de haut-parleurs. La transformation est complète, et elle irrite beaucoup de Liméniens nostalgiques. C'est pourtant l'un des endroits les plus vivants du centre, et le meilleur pour voir la ville d'aujourd'hui plutôt que celle des cartes postales.
Deux conseils pratiques. Gardez votre sac devant vous : l'affluence est constante et les pickpockets aussi. Et repérez, à mi-parcours, l'église de la Merced, dont la façade de granit sombre surgit au milieu des enseignes — c'est le point de bascule de la promenade, et le contraste entre les deux mondes y est à son maximum.