Huaca Huallamarca
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Une pyramide de terre de plus de mille cinq cents ans, au milieu du quartier le plus cossu de Lima, entourée d'immeubles de standing et de jardins tondus : le contraste est le premier enseignement de cette visite.
La huaca a été édifiée par les populations de la vallée du Rímac à partir des premiers siècles de notre ère. C'est une plateforme en adobe, construite en plusieurs étapes successives — chaque génération recouvrant la précédente d'une nouvelle couche, ce qui est le mode de construction habituel de ces monuments. On ne les remplaçait pas, on les emboîtait.
Après avoir cessé d'être un lieu de culte, la pyramide a été utilisée comme **cimetière** pendant plusieurs siècles, par des cultures successives, jusqu'à l'époque inca. Les fouilles y ont mis au jour de nombreuses sépultures, dont des momies emmaillotées dans des ballots de tissu — les *fardos funerarios*, où le corps est placé assis, entouré d'offrandes, puis enveloppé de couches d'étoffe et parfois coiffé d'une fausse tête. Le petit musée de site en présente plusieurs, avec leur mobilier funéraire.
Une réserve honnête sur ce que vous allez voir : la huaca a été **fortement restaurée** dans les années 1960, avec une reconstruction des rampes et des parements qui donne au monument une netteté que l'archéologie contemporaine n'accepterait plus. Ce que vous montez n'est pas exactement l'état ancien, mais une interprétation. C'est visible à l'œil : les surfaces sont trop régulières.
Cela n'enlève rien à l'intérêt du lieu, à condition de le savoir. Et cela pose une bonne question, valable pour beaucoup de sites du Pérou : jusqu'où reconstruire pour rendre lisible ?
La montée jusqu'à la plateforme sommitale prend cinq minutes. De là-haut, regardez autour de vous et essayez d'imaginer le paysage d'origine : un désert plat, des champs irrigués par des canaux, la mer à trois kilomètres et rien d'autre. Ce que vous voyez aujourd'hui — tours de verre, avenues, parcs arrosés — a moins de soixante-dix ans.
La visite est courte, l'entrée modique, et le site ferme le lundi. Si vous logez à Miraflores ou San Isidro, c'est une halte d'une heure qui s'intercale facilement, et un bon complément à Pucllana : les deux monuments appartiennent à des époques et à des cultures différentes, et se ressemblent beaucoup moins qu'on ne le croit.