Lima

Casa de Aliaga

Maison d'Aliaga

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Derrière cette façade discrète, à cinquante mètres du palais du gouvernement, se trouve la maison la plus extraordinaire de Lima : elle est habitée par la **même famille depuis 1535**, sans interruption.

Le terrain a été attribué par Pizarro à l'un de ses capitaines, Jerónimo de Aliaga, l'année de la fondation. Ses descendants y vivent encore, à la dix-huitième ou dix-neuvième génération selon les comptes. C'est, à la connaissance des historiens, la plus ancienne demeure d'Amérique continûment occupée par la même lignée.

Là encore, l'emplacement n'a rien d'un hasard : la maison est bâtie sur une **huaca**, un sanctuaire préhispanique qui appartenait au chef local de la vallée. On s'installe sur le pouvoir qu'on remplace — c'est la règle constante de cette conquête, à Lima comme à Cusco. Une partie de la structure ancienne subsiste sous le bâtiment.

Ce qu'on découvre à l'intérieur ne ressemble à aucun musée, et pour cause : c'est une maison privée. Les salons sont meublés, les tapis usés, les portraits de famille accrochés dans l'ordre des générations. Vous verrez un patio andalou, un escalier monumental, des plafonds peints, des azulejos sévillans, du mobilier français du dix-huitième siècle — le goût de chaque époque s'est superposé au précédent sans jamais l'effacer.

Le contraste avec la Plaza Mayor toute proche est saisissant : dehors, une place entièrement restaurée et repeinte ; ici, quatre siècles et demi d'accumulation domestique réelle.

**La visite se fait uniquement sur réservation préalable**, en groupe et à horaire fixe, généralement par l'intermédiaire d'une agence ou du site de la maison. On ne peut pas sonner à la porte : c'est un domicile. Si le sujet vous intéresse, organisez-le quelques jours à l'avance ; c'est l'une des rares visites de Lima qui ne s'improvise pas.

Et si vous n'obtenez pas de créneau, il reste une observation à faire depuis la rue. Regardez la façade : elle est modeste, presque austère, et rien n'indique ce qu'elle contient. C'était la règle dans le Lima colonial — la richesse ne se montrait pas sur la rue, elle se déployait à l'intérieur, autour du patio. Les grandes maisons de ce quartier sont toutes construites sur ce principe, et c'est pourquoi le centre historique semble beaucoup plus pauvre qu'il ne l'a été.