Barrio Chino — Calle Capón
Le quartier chinois
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Vous passez sous un portique chinois en plein centre de Lima. Il marque l'entrée de la Calle Capón, cœur de l'un des plus anciens quartiers chinois d'Amérique latine — et l'histoire qui l'a créé est très loin d'être folklorique.
Entre 1849 et 1874, environ **cent mille travailleurs chinois** sont amenés au Pérou, presque tous originaires de la région de Canton. Ils arrivent sous contrat de huit ans, sur des navires où la mortalité de la traversée est effroyable. Le contexte est simple : l'esclavage est en train d'être aboli — il le sera formellement en 1854 —, et les grandes plantations de canne et de coton de la côte, ainsi que les îles à guano, cherchent une main-d'œuvre de remplacement.
Leurs conditions de travail furent proches de celles des esclaves qu'ils remplaçaient : enfermement, châtiments corporels, dettes qui prolongeaient indéfiniment le contrat. Sur les îles à guano en particulier, l'extraction de l'engrais à la pioche, sous le soleil et dans une poussière irrespirable, tuait vite.
Les survivants, une fois libérés de leur contrat, se sont installés en ville — beaucoup ici, autour de cette rue — et ont ouvert des commerces, des blanchisseries, des gargotes. C'est de ces gargotes qu'est née la cuisine **chifa**, mariage de la technique cantonaise et des produits péruviens, aujourd'hui présente jusque dans les plus petits villages du pays. Le mot vient du cantonais et signifie à peu près « manger du riz ».
Aujourd'hui, la Calle Capón est une rue piétonne bordée de restaurants chifa, d'épiceries asiatiques et de pâtisseries, avec des lampions et des inscriptions bilingues. Le portique de pierre a été offert par la communauté chinoise dans les années 1970.
C'est un excellent endroit pour déjeuner, à condition d'accepter le bruit et l'affluence. Cherchez les établissements pleins de familles chinoises et péruviennes plutôt que ceux qui affichent des photos de plats en devanture.
Deux avertissements pratiques. Le quartier jouxte le **Mercado Central**, l'un des points les plus denses de la ville : gardez votre sac devant vous et votre téléphone rangé. Et sortez-en avant la tombée de la nuit — les rues qui le prolongent vers l'est ne sont pas recommandées le soir.
Une observation en marchant : regardez les noms de famille sur les enseignes. Beaucoup sont espagnols. Les immigrants chinois ont fréquemment adopté le patronyme de leur employeur ou du prêtre qui les baptisait, et des dizaines de milliers de Péruviens portent aujourd'hui ces noms sans lien avec leur ascendance.