Monasterio de Santa Catalina
Monastère Sainte-Catherine

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Ce monastère de clôture occupe l'emplacement de l'**Acllawasi**, littéralement « la maison des femmes choisies ». Cette coïncidence est le sujet le plus intéressant du lieu.
Sous les Incas, des jeunes filles sélectionnées dans tout l'empire pour leur origine ou leurs aptitudes étaient rassemblées ici, séparées de leur famille, et formées pendant des années. Elles tissaient les étoffes fines destinées au souverain et au culte, préparaient la chicha des cérémonies, entretenaient les feux rituels. Certaines devenaient épouses secondaires de l'Inca ou étaient données en mariage à des seigneurs alliés ; d'autres restaient consacrées au Soleil pour la vie. On les appelait les acllas.
En 1601, les religieuses dominicaines de Sainte-Catherine s'installent sur ce même terrain et y fondent un couvent de clôture. Les femmes qui y entrent n'en ressortent plus. **Deux institutions de recluses se sont donc succédé sur le même emplacement**, à soixante-dix ans d'intervalle et pour des raisons entièrement différentes. Les guides d'ici insistent souvent sur ce parallèle ; il vaut ce qu'il vaut, mais il fait réfléchir.
Le couvent abrite aujourd'hui un musée d'art religieux. On y voit une très belle collection de peintures de **l'école de Cusco**, ces ateliers où des peintres indigènes et métis ont produit, pendant deux siècles, des milliers de toiles à fond d'or reconnaissables entre toutes. On y voit aussi des tapisseries d'une finesse remarquable, héritières directes du savoir-faire textile andin — le tissage était, dans le monde inca, un art plus prestigieux que l'orfèvrerie.
Une partie du bâtiment reste occupée par une communauté religieuse. Vous ne la verrez pas : la clôture est toujours en vigueur.
En sortant, prenez la **rue Loreto**, qui longe l'édifice et descend vers la place. C'est l'une des plus belles rues incas de la ville, bordée des deux côtés par des murs d'origine. Celui de gauche est justement celui de l'Acllawasi. Passez la main dessus, et regardez les joints : les blocs sont ajustés les uns aux autres sans aucun mortier, avec des angles légèrement rentrants qui font que chaque pierre s'emboîte dans ses voisines. Ce n'est pas de la décoration. C'est ce qui permet à ces murs d'absorber les séismes en se déformant, puis de reprendre leur place — et c'est la raison pour laquelle ils sont encore debout, alors que presque tout ce qui a été bâti dessus est tombé au moins une fois.