Templo de San Pedro Apóstol
Église Saint-Pierre

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Juste à côté du marché, cette église de pierre sombre est moins visitée que ses grandes voisines du centre. Elle raconte pourtant, mieux que beaucoup d'autres, comment Cusco a été rebâtie après 1650.
Elle a été achevée à la fin du dix-septième siècle, dans la vague de reconstruction qui a suivi le grand séisme. Sa façade est encadrée de deux tours, avec un escalier qui la surélève au-dessus de la rue.
Le point remarquable est le matériau. Une part importante de la pierre employée provient de **structures incas démontées** dans les environs — pratique généralisée à l'époque, dont on a déjà vu l'exemple à la cathédrale avec les blocs de Sacsayhuamán. Approchez-vous du soubassement et regardez les assises basses : certains blocs présentent des faces trop parfaitement dressées, des arêtes trop nettes, des dimensions trop régulières pour appartenir à l'appareil colonial qui les entoure. Ce sont des pierres taillées un siècle plus tôt, pour un autre édifice, avec un autre savoir-faire, et réemployées ici.
Cette église est aussi le rappel d'une réalité sociale que le centre monumental fait oublier. Le quartier de San Pedro était celui des **indigènes** : la ville coloniale était officiellement partagée entre une zone espagnole autour de la Plaza de Armas et des paroisses indiennes en périphérie, chacune avec son église, son saint patron et ses confréries. San Pedro, San Blas, Santa Ana, Belén, San Cristóbal : les églises que ce guide vous fait parcourir sur les hauteurs et aux marges du centre sont, pour la plupart, ces paroisses-là. La géographie religieuse de Cusco est une carte de la ségrégation coloniale.
À l'intérieur, l'ambiance est celle d'une église de quartier en activité, pas d'un musée : retables dorés, statues habillées de vêtements réels — usage andin très vivace —, et fidèles en prière à toute heure. On y entend parler quechua.
Si vous entrez, faites-le discrètement et évitez les moments de messe. Puis ressortez sur le parvis et regardez la rue : d'un côté le marché et son chaos, de l'autre l'escalier de l'église. Ces deux bâtiments se font face depuis trois siècles et rassemblent, chacun à sa manière, exactement les mêmes gens.