Cusco

Saqsaywaman

Sacsayhuamán

Saqsaywaman — photographie
Photo : Ordzonhyd Rudyard Tarco Palomino CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Chargement de l'audio…

Vous êtes devant l'ouvrage de pierre le plus impressionnant du continent américain, et personne ne sait exactement comment il a été construit.

**Sacsayhuamán** domine Cusco d'environ deux cents mètres. Ce qu'on en voit aujourd'hui — trois terrasses superposées, longues de plusieurs centaines de mètres, disposées en zigzag — ne représente qu'une petite partie de l'ensemble d'origine. Le reste a servi de carrière : pendant des siècles, les Espagnols sont venus y prendre les pierres pour bâtir les églises et les maisons de la ville en contrebas. Ce qui subsiste a survécu uniquement parce que les blocs étaient **trop gros pour être emportés**.

Regardez-les. Le plus grand des blocs conservés pèse selon les estimations plus de cent tonnes, et mesure environ huit mètres de haut. Ils sont en calcaire et en andésite, extraits de carrières situées à plusieurs kilomètres. Il n'y avait ni roue, ni animal de trait, ni fer. Et ils sont ajustés au point qu'on ne peut pas glisser une lame entre deux d'entre eux.

Le tracé en **zigzag** a fait couler beaucoup d'encre. Sur le plan militaire, il est redoutablement efficace : un assaillant qui attaque un angle rentrant s'expose sur trois côtés à la fois. Symboliquement, on y a vu la dent du puma, l'éclair, ou la crête de la montagne. Les deux lectures peuvent être vraies en même temps, et la fonction du site lui-même reste débattue : forteresse, sanctuaire, réserve, résidence cérémonielle — probablement tout cela.

Ce que l'on sait avec certitude, c'est ce qui s'y est joué en **1536**. Manco Inca, soulevé contre les Espagnols, reprend Sacsayhuamán et assiège Cusco depuis ces hauteurs. La bataille pour reprendre la place est l'une des plus meurtrières de la conquête ; Juan Pizarro, frère du conquistador, y meurt d'une pierre reçue à la tête. Après la victoire espagnole, les charognards qui se posèrent sur les corps auraient inspiré les huit condors des armoiries de la ville.

Chaque 24 juin, la grande esplanade accueille l'**Inti Raymi**, la fête du Soleil, reconstituée depuis 1944 à partir des chroniques : des centaines de figurants, et toute la ville qui monte.

Une observation en repartant : cherchez, sur la colline en face des remparts, les **rochers polis** en forme de toboggan. Les enfants cusquéniens y glissent depuis des générations. Ce lissage est naturel, d'origine glaciaire — la seule chose ici que les Incas n'ont pas taillée.