Qorikancha / Convento de Santo Domingo
Qorikancha et couvent Saint-Dominique

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Voici le lieu le plus sacré de tout l'empire inca, et l'exemple le plus frappant de ce que la ville a subi.
Son nom quechua, **Qorikancha**, signifie « l'enclos d'or ». Ce n'était pas une métaphore. Les chroniqueurs espagnols qui l'ont vu intact décrivent des murs entièrement recouverts de plaques d'or, une cour où poussait un jardin artificiel de maïs en or et en argent, grandeur nature, et des salles consacrées au Soleil, à la Lune, aux étoiles, au tonnerre et à l'arc-en-ciel. C'était à la fois un temple, un observatoire et le point zéro d'un système de lignes rituelles, les ceques, qui rayonnaient d'ici vers plus de trois cents sanctuaires de la région.
En 1533, l'or a été arraché des murs, fondu en lingots et expédié pour payer la rançon d'Atahualpa, le souverain capturé par Pizarro. Il en a fallu quelques mois pour effacer ce que les chroniques avaient à peine eu le temps de décrire.
Les dominicains ont ensuite bâti leur couvent et leur église directement sur le temple, en réutilisant ses murs comme fondations. Pendant quatre siècles, on n'a plus vu du Qorikancha que ce qui dépassait.
Puis, le 21 mai 1950, un séisme de forte magnitude ravage Cusco. **L'église coloniale s'effondre en partie ; le temple inca, dessous, ne bouge pas.** En dégageant les décombres, on met au jour des salles entières restées intactes sous les enduits. La restauration qui suit prend un parti radical : plutôt que de tout reconstruire à l'identique, on laisse le temple visible. C'est ce que vous visitez aujourd'hui — un couvent et un temple imbriqués, chacun assumé.
Entrez dans les salles incas et regardez les **niches trapézoïdales** alignées dans les murs : leur régularité est telle qu'on croirait un travail de menuiserie. Cherchez ensuite, à l'extérieur, côté avenue du Soleil, le **mur arrondi** de l'abside. C'est un mur qui décrit un arc de cercle régulier, sur une hauteur de plusieurs mètres, dans une architecture où tout le reste est rectiligne. Chaque bloc y a été taillé avec une courbure propre pour que l'ensemble reste jointif. Il est considéré comme le plus bel ouvrage de pierre inca conservé, et il n'a pas bougé en cinq cents ans, à travers deux séismes majeurs.
Une observation pour finir : approchez-vous des joints et cherchez le mortier. Il n'y en a pas.