Cusco

Plaza Regocijo / Kusipata

Place Regocijo

Plaza Regocijo / Kusipata — photographie
Photo : Edison Umasi Thea CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

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Cette place carrée, plantée d'arbres et bordée de bâtiments à arcades, était **la même place que la Plaza de Armas**. C'est la chose importante à savoir en y arrivant.

Sous les Incas, la grande esplanade cérémonielle se composait de deux moitiés séparées par le lit canalisé d'un torrent, le Saphy. D'un côté **Haukaypata**, de l'autre **Kusipata** — que l'on peut traduire par « l'esplanade de la joie ». Les grandes fêtes se tenaient sur les deux, et la foule passait de l'une à l'autre par des ponts de pierre.

Les Espagnols ont couvert le torrent, tracé une rue à sa place, et bâti sur les bords. Les deux moitiés sont devenues deux places distinctes, et personne aujourd'hui ne devine qu'elles n'en faisaient qu'une. Le nom colonial, Regocijo — « réjouissance » — est d'ailleurs la traduction exacte du quechua Kusipata : le sens du lieu a survécu au changement de langue.

Aujourd'hui la place est administrative et culturelle. On y trouve la **municipalité** de Cusco, le **théâtre municipal**, quelques restaurants, et un petit musée d'art contemporain installé dans l'hôtel de ville. Elle est nettement plus calme que sa voisine : moins de vendeurs, moins de groupes, et des bancs à l'ombre.

Le monument central représente **Túpac Amaru II**, le chef de la grande insurrection de 1780, exécuté à cent mètres d'ici sur l'autre place. Sa présence sur ce socle est récente à l'échelle de la ville, et elle est tout sauf neutre : Cusco a longtemps commémoré la conquête, elle commémore aujourd'hui les révoltes.

Un détail à observer avant de repartir. Faites le tour de la place et regardez les **arcades** : par endroits, la base des piliers repose directement sur de grands blocs de pierre incas, taillés bien avant, laissés en place et intégrés dans la construction coloniale parce qu'ils étaient déjà là et qu'ils portaient. Il ne s'agit pas de récupération symbolique, mais d'économie de chantier — et c'est peut-être l'aspect le plus révélateur de la manière dont cette ville s'est faite.

Si vous cherchez un endroit pour souffler entre deux visites, avec de l'ombre et sans sollicitation permanente, c'est ici.