Cusco

Plaza de Armas / Haukaypata

Place d'Armes

Plaza de Armas / Haukaypata — photographie
Photo : Joachim Pietsch derivative work: MrPanyGoff CC BY-SA 2.0 · Wikimedia Commons

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Vous êtes au centre de l'ancien empire inca. Pas au sens figuré : cette place était le point d'où l'on mesurait tout le reste.

Les Incas l'appelaient **Haukaypata**. Elle était nettement plus grande qu'aujourd'hui — elle se prolongeait au-delà du ruisseau canalisé qui la bordait, sur ce qui est devenu la place voisine du Regocijo. Les Espagnols l'ont coupée en deux et bâtie sur ses bords, ce qui explique sa forme actuelle.

Sur cette esplanade se tenaient les grandes cérémonies de l'empire, et les momies des souverains défunts y étaient portées pour assister aux fêtes, installées sur des sièges, servies comme des vivants. Les chroniqueurs espagnols rapportent aussi que le sol de la place avait été recouvert de sable apporté depuis la côte du Pacifique, à plus de cinq cents kilomètres, et mêlé d'objets d'offrande. C'est une information de chronique, pas une observation archéologique — mais elle donne la mesure de ce qu'était ce lieu.

Regardez maintenant ce qui borde la place, et vous aurez le résumé de toute l'histoire de la ville. Chacun des quatre côtés était occupé par un palais inca, et chaque palais est devenu autre chose. Là où s'élevait la résidence de l'Inca Wiracocha se dresse la **cathédrale**. Là où était le palais de Huayna Cápac, le dernier souverain avant la conquête, se dresse l'**église de la Compagnie de Jésus**. Les arcades des deux autres côtés reposent, elles aussi, sur des fondations incas.

Cette place a également été un lieu d'exécution. C'est ici qu'en 1781 fut mis à mort **Túpac Amaru II**, le chef de la plus grande insurrection coloniale qu'ait connue l'Amérique espagnole. Il descendait du dernier Inca de Vilcabamba. Sa fin, publique et atroce, était censée décourager toute révolte ; deux siècles plus tard, son nom est devenu au Pérou le symbole exactement inverse.

Un détail à chercher avant de repartir : les **fontaines**. Celle du centre est surmontée d'une statue de l'Inca Pachacútec, installée à la fin du vingtième siècle. Elle a remplacé une figure très différente — un personnage américain sans aucun rapport avec le lieu, qui trônait là depuis les années 1950 et dont les Cusquéniens ne voulaient plus.

Asseyez-vous quelques minutes sous les arcades. La place se lit mal en marchant, et c'est le seul endroit de la ville où l'on voit d'un seul regard les deux civilisations empilées l'une sur l'autre.