Cusco

Museo de Arte Religioso — Palacio Arzobispal

Musée d'art religieux — Palais archiépiscopal

Museo de Arte Religioso — Palacio Arzobispal — photographie
Photo : Diego Delso CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

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Le palais archiépiscopal se dresse juste au-dessus du mur de la pierre aux douze angles. Cette superposition n'a rien d'un hasard : l'archevêque de Cusco s'est installé sur le palais de l'Inca Roca, comme la cathédrale s'est installée sur celui de Wiracocha.

Le bâtiment actuel date en grande partie du dix-huitième siècle et a été la résidence d'un marquis avant de revenir à l'Église. Il vaut la visite pour lui-même : c'est l'une des rares demeures de Cusco où l'on entre pour voir comment on vivait dans une maison de ce rang. Patio à arcades, escalier de pierre, plafonds de bois, balcons fermés en encorbellement, et surtout des **azulejos** — ces carreaux de céramique bleue et blanche venus de Séville, qui coûtaient une fortune à faire traverser l'Atlantique puis remonter les Andes à dos de mulet.

Les collections sont consacrées à la peinture coloniale, et principalement à l'**école de Cusco**. Il vaut la peine de savoir ce qu'on regarde, parce que ces toiles se ressemblent au premier coup d'œil et cessent complètement de se ressembler au second. Elles sont produites, du dix-septième au dix-huitième siècle, par des ateliers d'artistes indigènes et métis formés aux modèles européens. On y reconnaît toujours les mêmes procédés : fonds sombres, or appliqué en surface pour les tissus et les auréoles, absence de perspective profonde, frontalité des personnages.

Ce qui rend cette peinture passionnante, ce sont les glissements. Une Vierge dont la robe prend la forme d'une montagne — la Pachamama sous l'habit chrétien. Des archanges armés d'arquebuses, habillés en jeunes nobles espagnols, sujet dont Cusco a fait une spécialité et qui n'existe presque nulle part ailleurs. Des fruits andins dans des scènes de la Bible.

Le musée conserve aussi une partie de la fameuse série peinte au dix-septième siècle sur la **procession du Corpus Christi** à Cusco — une suite de grandes toiles montrant les confréries de la ville défilant avec leurs saints. Ce sont des documents d'une valeur historique considérable : on y voit les vêtements, les visages, les rues et jusqu'aux spectateurs de l'époque, y compris des membres de la noblesse inca en tenue traditionnelle. L'accrochage varie ; demandez à l'entrée si elles sont visibles.

Un conseil de parcours : visitez ce musée **après** avoir marché dans la rue Hatun Rumiyoc, pas avant. Vous ressortirez en ayant compris que le mur du dessous et le palais du dessus racontent la même chose.