Cusco

Piedra de los Doce Ángulos

La pierre aux douze angles

Piedra de los Doce Ángulos — photographie
Photo : Txolo CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

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Vous êtes devant la pierre la plus célèbre du Pérou. Elle est incrustée dans le mur à hauteur de poitrine, entourée d'un cordon, et il y a probablement quelqu'un en train de la photographier.

Cette rue s'appelle **Hatun Rumiyoc**, ce qui signifie en quechua « celle qui a la grande pierre ». Le mur que vous longez est celui du palais de l'Inca Roca, un souverain du quatorzième siècle. Il fait plusieurs dizaines de mètres de long, et il est intact.

La pierre en question compte **douze angles**. Comptez-les : c'est l'exercice que tout le monde fait ici, et il est plus difficile qu'il n'y paraît parce que certains angles sont très ouverts. Le bloc est en diorite verte, une roche extrêmement dure, et il pèse plusieurs tonnes.

La vraie question n'est pas combien d'angles, mais **pourquoi**. Tailler une pierre à douze faces demande infiniment plus de travail qu'un simple parallélépipède. La réponse tient à la technique employée : les Incas n'utilisaient pas de mortier, et n'ajustaient pas les pierres à un plan préétabli. Ils prenaient un bloc, le posaient contre ses voisins déjà en place, relevaient les points de contact, le retiraient, martelaient les creux, le reposaient — et recommençaient, parfois des dizaines de fois, jusqu'à ce que le contact soit parfait sur toute la surface. Chaque pierre est donc taillée en fonction de celles qui l'entourent, et prend le nombre d'angles que cette négociation exige. Douze, ici. Il existe dans la ville des blocs qui en comptent davantage.

Ce résultat s'obtenait sans outils de fer : avec des percuteurs de pierre plus dure, du sable comme abrasif, de l'eau, et un temps de travail que nous n'imaginons plus.

Cette pierre est devenue un emblème national, au point de figurer sur l'étiquette de la bière locale. Ne la touchez pas : c'est interdit, et surveillé.

Continuez ensuite quelques dizaines de mètres en remontant la rue, et regardez le mur sans chercher un bloc en particulier. Une tradition locale veut qu'un ensemble de pierres y dessine la silhouette d'un **puma**, l'animal emblème de la ville. Certains la voient immédiatement, d'autres jamais — l'intention des bâtisseurs n'est pas démontrée. Cherchez quand même : c'est une bonne excuse pour regarder l'ensemble du mur plutôt qu'une seule pierre, et l'ensemble est bien plus impressionnant que le détail.