Cusco

Iglesia del Triunfo

Église du Triomphe

Iglesia del Triunfo — photographie
Photo : Ordzonhyd Rudyard Tarco Palomino CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

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À droite de la cathédrale, cette église plus petite et plus sobre est la première église chrétienne construite à Cusco. Elle raconte l'épisode le plus violent de la conquête, et elle le raconte du seul point de vue des vainqueurs.

En 1536, trois ans après l'entrée des Espagnols dans la ville, **Manco Inca** se soulève et assiège Cusco avec des dizaines de milliers d'hommes. Les Espagnols, quelques centaines, se retranchent dans un grand hangar qui occupait cet emplacement. Les assiégeants tirent sur les toits de chaume des flèches enflammées. Tout brûle, sauf le bâtiment où les Espagnols se sont réfugiés.

Pour eux, l'explication ne fait aucun doute : la Vierge est descendue éteindre les flammes, et l'apôtre Saint Jacques est apparu à cheval pour disperser les assaillants. L'église fut donc bâtie ici et nommée **El Triunfo**, le Triomphe. Une lecture plus terre à terre note que le toit en question n'était pas de chaume. Les deux versions coexistent depuis cinq siècles, et vous entendrez surtout la première.

À l'intérieur, l'ambiance est très différente de celle de la cathédrale : moins d'or, plus de pierre nue. Le retable principal est en granit, ce qui est rare.

Mais la raison la plus forte d'entrer ici est ailleurs. Une chapelle latérale abrite les restes de **l'Inca Garcilaso de la Vega**, rapatriés d'Espagne en 1978. Cet homme est né à Cusco en 1539, fils d'un capitaine espagnol et d'une princesse inca, nièce de Huayna Cápac. Il a quitté le Pérou à vingt ans et n'y est jamais revenu. Depuis Cordoue, il a écrit les *Commentaires royaux des Incas*, le livre qui a fait connaître l'empire à l'Europe — écrit par quelqu'un qui avait entendu ces récits, enfant, de la bouche de ses grands-oncles maternels.

C'est aussi le premier écrivain métis d'Amérique, et il l'assumait explicitement : il signait « el Inca ». Ses cendres sont donc revenues quatre siècles plus tard, dans une urne offerte par le roi d'Espagne, à cinquante mètres du palais où sa mère était née.

Une observation avant de sortir : comparez la maçonnerie de cette église avec celle des murs de la rue voisine. Ici les blocs sont irréguliers, liés au mortier. À côté, les murs incas sont ajustés sans rien entre les pierres. Les deux ouvrages ont moins d'un siècle d'écart.