Arequipa

Casona Tristán del Pozo

Demeure Tristán del Pozo

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La Casona Tristán del Pozo, que les Arequipeños appellent aussi la Casa Ricketts, est l'une des plus belles demeures civiles du Pérou colonial. Elle a été bâtie dans la première moitié du dix-huitième siècle pour une famille de notables, et sert aujourd'hui de centre culturel à une banque, ce qui permet d'en visiter les cours gratuitement.

Le portail est célèbre, et il se lit comme un document. Au-dessus de la porte se déploie un ensemble de médaillons sculptés, reliés entre eux, que la tradition locale interprète comme un arbre généalogique de la famille. Au centre figure le monogramme du Christ, entouré de motifs végétaux et de figures. Peu importe que la lecture généalogique soit exacte ou non — ce qui compte est l'intention : on annonçait sur la façade qui l'on était, par une composition destinée à être déchiffrée par les passants.

Cette fonction du portail est la clé des demeures arequipeñas. Ces maisons sont aveugles sur la rue : murs épais, quelques fenêtres hautes et grillagées, rien à voir. Tout le budget décoratif est concentré sur l'encadrement de la porte. C'était le seul endroit où une famille pouvait afficher son rang, et la concurrence entre grandes maisons se jouait là, à coups de sculpture.

Entrez et traversez les cours successives. Vous passerez d'un patio d'apparat, régulier et soigné, à des cours de service plus modestes, à mesure que vous vous éloignez de la rue. Cette gradation est délibérée : plus on avance, moins on est un visiteur de marque.

Observez les couvrements. Comme dans toute la ville, les pièces sont voûtées en sillar, avec des arcs surbaissés reposant sur des murs d'une épaisseur considérable — souvent plus d'un mètre. Ces maisons n'ont pas seulement traversé les séismes de 1784, 1868 et 2001, elles ont été conçues pour ça.

Un détail à chercher dans la cour principale : les gargouilles de pierre qui évacuent l'eau des terrasses. Elles sont sculptées, souvent en forme de tête d'animal, et projettent l'eau loin des murs — car le sillar, tendre et poreux, s'abîme vite s'il reste humide. À Arequipa, même l'évacuation des eaux est un ouvrage de sculpture.