Monasterio de Santa Catalina
Monastère de Santa Catalina
Chargement de l'audio…
Le Monasterio de Santa Catalina est le monument le plus extraordinaire d'Arequipa, et il faut d'emblée en donner l'échelle : plus de vingt mille mètres carrés, ceints d'un mur aveugle, au beau milieu du centre-ville. Ce n'est pas un couvent, c'est un quartier entier — avec ses rues, ses places, ses maisons et ses fontaines. On l'appelle à juste titre « la ville dans la ville ».
Il a été fondé le 10 septembre 1579 par doña María de Guzmán, une riche veuve arequipeña qui consacra sa fortune à créer un cloître pour les jeunes filles des grandes familles créoles. La règle voulait que chaque famille verse une dot substantielle, et le monastère s'est rempli de secondes filles de l'aristocratie locale — car la coutume espagnole voulait que l'aînée se marie et que la suivante entre en religion.
C'est là que Santa Catalina devient singulier. Ces religieuses ne vivaient pas dans le dénuement. Chacune disposait de sa propre cellule — en réalité une petite maison, avec cuisine, cour et parfois plusieurs pièces — et de servantes. On y jouait de la musique, on y recevait. Rome finit par s'en émouvoir : dans les années 1870, une religieuse dominicaine fut envoyée par le Vatican pour remettre de l'ordre, renvoyer les domestiques et rétablir une vie commune conforme à la règle.
Marchez sans chercher à comprendre le plan, il n'y en a pas vraiment. Le monastère a grandi par ajouts successifs, et ses rues portent des noms de villes espagnoles — Sevilla, Toledo, Málaga, Córdoba — comme si l'on avait voulu reconstituer l'Andalousie à cinq mille kilomètres de distance.
Ce qui frappe le plus est pourtant la couleur. Les rues sont peintes en ocre profond et en bleu intense, tranchant avec le blanc du sillar de toute la ville. Ces teintes vives sont ce que photographient tous les visiteurs, et elles sont probablement le meilleur souvenir que vous emporterez d'Arequipa.
Le monastère est resté rigoureusement fermé au monde pendant près de quatre siècles. Il n'a ouvert au public qu'en 1970, quand des travaux de mise aux normes ont rendu nécessaire une source de revenus. Une communauté de religieuses y vit toujours, dans une partie close que vous ne verrez pas. Comptez au minimum deux heures, et de préférence davantage.