Arequipa

Iglesia de la Compañía

Église de la Compagnie

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La façade de l'Iglesia de la Compañía est le chef-d'œuvre de ce qu'on appelle le baroque mestizo, et l'une des plus belles pages sculptées de toute l'Amérique coloniale. Prenez le temps de vous en approcher : elle se lit comme une page, et tout l'intérêt est dans le détail.

Les jésuites commencent le chantier en 1590. La façade que vous voyez est plus tardive : elle date de 1698, refaite après un séisme, et porte cette date gravée. Un siècle sépare donc les fondations de ce décor.

Ce qui rend cette sculpture unique, c'est ce qu'elle mélange. Vous y trouverez les motifs attendus d'une église européenne — colonnes, coquilles, rinceaux, saints. Mais regardez mieux, et le répertoire dérape : des fleurs et des fruits qui ne poussent pas en Espagne, des oiseaux tropicaux, des figures issues de l'imaginaire pré-hispanique, des masques dont l'origine ne doit rien au catholicisme. Les tailleurs de pierre étaient des artisans locaux, souvent indigènes ou métis, et ils ont travaillé leur propre monde dans le programme qu'on leur donnait.

Cette hybridation n'est pas un accident ni une maladresse. C'est exactement ce que l'UNESCO a retenu pour inscrire Arequipa : une intégration créative de traditions européennes et indigènes. La façade que vous avez devant vous est le meilleur argument de ce classement.

Le sillar y est pour beaucoup. Cette pierre volcanique se taille presque comme du bois, ce qui autorise une profondeur de relief impensable dans un granit. D'où cette impression de dentelle sur toute la surface — et l'obligation, pour l'observateur, de s'approcher : de loin, le motif se perd dans le blanc.

À l'intérieur, deux choses à ne pas manquer. Les retables sont en bois recouvert de feuilles d'or, dans un contraste violent avec la sobriété blanche de l'extérieur. Et surtout, ouvrant sur la sacristie, la capilla de San Ignacio : une petite chapelle dont la coupole entière est peinte de fleurs, de fruits, d'oiseaux et de singes, dans des couleurs restées vives. C'est une jungle amazonienne peinte sur une voûte d'église, et c'est une pièce qu'on ne voit nulle part ailleurs. Elle se visite séparément, moyennant un petit droit d'entrée : payez-le, ça vaut largement la peine.