Casa del Moral
Maison du Mûrier
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La Casa del Moral est la plus ancienne demeure-musée d'Arequipa, bâtie vers 1750, et le meilleur endroit pour comprendre comment on habitait cette ville au dix-huitième siècle.
Son nom vient d'un vieux mûrier — un moral — planté dans la cour principale, et toujours vivant. Cherchez-le en entrant : il est là depuis plus longtemps que la plupart des bâtiments alentour.
Le portail sur rue est la pièce maîtresse, et il faut s'arrêter dessus avant d'entrer. Au centre, deux anges soutiennent une couronne au-dessus d'un écu où l'on distingue un château, un oiseau, un puma et deux clés croisées. Mais le détail qui retient l'attention est ailleurs : de part et d'autre, des **têtes de puma dont la gueule laisse échapper des serpents**.
Prenez le temps de les regarder. Ce motif n'a rien de chrétien ni d'européen — c'est un thème andin ancien, qu'on retrouve dans l'iconographie pré-hispanique bien avant l'arrivée des Espagnols. Il figure ici, en pleine façade, encadrant les armoiries d'une famille espagnole, sur la maison d'un notable colonial. Cette cohabitation résume à elle seule ce qu'est le baroque mestizo : non pas une juxtaposition polie de deux cultures, mais un mélange que personne ne semblait juger contradictoire.
Une fois à l'intérieur, regardez les voûtes. Les pièces sont couvertes de coupoles surbaissées en sillar — pas de charpente, pas de tuiles, de la pierre voûtée. C'est la réponse arequipeña au risque sismique : une voûte épaisse et basse résiste là où un toit en bois s'effondre. Au centre de plusieurs de ces voûtes, et au-dessus des fenêtres donnant sur la rue, sont gravés les anagrammes de Jésus, Marie et Joseph. On protégeait la maison par la pierre et par le signe, simultanément.
L'organisation générale est celle de toutes les grandes maisons d'ici : un zaguán, ce passage couvert franchissant l'épaisseur du mur depuis la rue, puis une cour principale autour de laquelle s'ouvrent les pièces de réception, et enfin des cours secondaires pour les services. On ne voit rien de la maison depuis la rue — l'ostentation se concentrait entièrement sur le portail.
La demeure appartient aujourd'hui à une banque, qui l'a restaurée et ouverte au public. Comptez trois quarts d'heure.